mardi

Correspondances III : De l'intérêt épistolaire

Salut.

Bon, je sens que je vais devoir commencer par un "mea maxima culpa" de circonstance :
1. Je n'ai plus d'alternative valable à "Salut." (shit, en re-lisant mon TFE (orthographe à la de Certeau) je me rends compte des répétitions et de la pauvreté de mon vocabulaire. Je vais devoir me remettre à lire le dictionnaire, comme lorsque je m'emmerdais pendant la 2e heure d'étude à Saint-Roch. Ai-je progressé depuis ?)
2. Je n'ai pas non plus de quoi rehausser (tu vois, j'essaye déjà de travailler sur le lexique) le débat au niveau de la définition de l'intérêt chez Heidegger tel que précédemment.
3. Je n'ai toujours pas lu Harrison ni vu Ex Drummer depuis la dernière fois.
4. Je suis allé voir Avatar au Kinépolis avec lunettes à vision 3D en relief et tout et tout.
(edit : 5. Je vais abuser un peu sur les adjectifs qualificatifs
6. J'ai vomi un peu dans ma bouche en racontant l'histoire de la Fnac, ce qui n'est pas très distingué.).
Désolé, donc.

Par contre, je peux peut-être tenter de compenser :

J'ai pris de l'avance sur la littérature allemande (ah, ah, dans ta face !) En fait, je suis allé chez Pax en me disant : je vais me prendre du Th. Mann ou du R. Musil (à la Fnac, ils ont plus Musil "on manque de beaucoup de choses ces derniers temps" me dit la libraire. Là où devrait se trouver L'homme sans qualités, on ne découvre en fait qu'une pauvre petite impression jaunie d'une nouvelle obscure en "livre de poche" racorni qui doit dater d'environ 1972 [je suis bon en paléographie] ; à ses côtés trônent majestueusement les 11.354 [j'ai compté] exemplaires du dernier Guillaume Musso, Que serais-je sans toi ?, XO éditions. Là, je me retiens de fondre en larmes, parce que lors de ma dernière expédition dans ce temple de la littérature, on m'avait expéditivement signifié que "Non, Monsieur, on a plus de Martin du Gard en stock, on en vend jamais, c'est que sur commande" ; la fois d'avant, -- au moment de ton annif d'ailleurs --, c'était le Meilleur des Mondes qui n'existait plus qu'en version "pocket" : "Non, Monsieur, aucun éditeur ne voit d'intérêt -sic- à rééditer cette daube en grand format alors que le dernier Marc Lévy suscite tellement d'anticipation...")

Bref, j'arrive chez Pax, où je n'aime pas tellement revenir -- mais j'y suis bien obligé -- et me saisi, rayon "littérature allemande" de La Montagne magique et du sus-nommé individu dépourvu de vertus. Consternation : je mate les 4e de couverture (toujours une bonne stratégie) pour me faire une idée. "Le chef d'œuvre majeur de la littérature allemande du XXe siècle" recommande Le Seuil ; "L'œuvre magistrale du plus important auteur allemand du XXe siècle" annonce LGF. Bon, j'ai pris Musil parce que ça m'intriguait plus et que "Points" c'est mieux que "Livre de Poche" -- putain de sens critique, merci les éditeurs. J'ai donc commencé à lire ça (en même temps que je re-commence Contre-jour de Pynchon, et que je n'ai toujours pas fini L'amour au temps du choléra et -- comme on célèbre les 50 ans de sa mort--, Vian : ma sœur m'a offert l'Ecume des Jours dans la nouvelle édition définitive/critique/annotée/établiesurlemanuscritd'originetettout, que je me dois de re-lire aussi. Connerie de boulimie, tu m'étonnes que je n'accorde pas assez de considération à tes recommandations et que je n'arrive à achever qu'un livre par Lustre...) et je sens que je suis bien parti pour un foutu "dépucelage intellectuel" pour citer Beigbeder à propos de Voyage au bout de la nuit dans Dernier inventaire avant liquidation.

Th. Pynchon (si, si, on discute souvent, malgré sa discrétion) me fait penser à un truc : les héros d'une des trois intrigues superposées qui forme l'impénétrable trame de Contre-jour (1200 pages sur papier bible, "Fiction&Cie" au Seuil, go for it!) sont une bande d'aérostiers nommés les Casse-cous. Il fait souvent référence à leurs "précédentes" aventures (cf. Les Casse-cous au Vieux Mexique, Les Casse-cous et l'ennemi invisible, etc. en fait inexistantes, quel blagueur) et ça me rappelle des titres que j'avais repéré (ici s'établit une connexion neuro-nodale) sur la wishlist de ton fameux anniversaire que j'évoquais dans mon anecdote Fnac-euse (oui, ça rime vainement avec foireuse.) Des histoires de Pirates qui s'envoient en l'air, Les pirates face à l'horrible monstre machin-chose sur le même ton pittoresque que celles des Casse-cous. C'était ça Harrison ? Parce que tant que j'étais au rayon "Allemands" j'ai lancé un regard rapide sur l'étagère "Anglo-Saxons" mais je n'ai pas repéré le type en question. Donc perplexité. Je suis confus maintenant. Éclaire-moi, bordel. En ce qui concerne Ex Drummer, ça va être l'occasion de remettre en service ma carte de membre à vie de la médiathèque (reléguée dans l'oubli par ZE WEB, l'ennemi des institutions culturelles publiques) ; en même temps je me louerai Anyway the Wind Blows et je passerai au Churchill voir La merditude des choses, ça me fera une soirée cinéma belge, un thème qui en vaut un autre.

Merde, en relisant ce que je viens d'écrire -- non, je ne peux pas faire plus/moins décousu, c'est comme ça c'est tout -- j'ai perdu la seconde connexion neuro-nodale qui s'était établie. Salope de Grille, toujours prête à te jouer un mauvais tour.

Soit, Avatar, malgré l'indigence crasse de sa narration, reste un émerveillement visuel qui atteint souvent à l'époustouflant : après avoir parcouru Pandora aux côtés des héros "schtroumpfs de Star Wars", force est de reconnaître qu'on restitue à l'hôtesse (! p'tit-cul spotted !) une paire de lunettes-miroir griffée Chanel humides d'émotion. C'est un peu comme voir Mononoke de Miyazaki; mais genre en vrai, tu vois, dedans. Sauf que d'un point de vue univers et scénario, Miyazaki c'est brillant, Cameron c'est de la merde. Heureusement, c'est de la jolie merde, toute colorée et lumineuse, un genre d'excrément que, personnellement, je n'avais jamais rencontré auparavant. Étonnant, kwâââ.

Bon, j'avais encore des trucs à dire, mais comme je disais plus haut, j'ai buggé et puis j'ai vraiment besoin de pisser (si, je suis convaincu que, dans la correspondance au XIXe, il y avait aussi de la trivialité) donc je dois me débrancher de mon foutu cyberdeck.

Pour terminer j'ai quand même une petit citation pour faire lien et pour te dire de ne pas t'inquiéter, en fait les a-prioris (de Certeau, toujours) c'est bien, c'est mieux que rien. Ben oui, sans pré-jugé, pas de jugement, c'est malin ! Et là, par contre, "on prend le risque d'aimer des trucs pourris." C'est pour ça que je dis toujours -- amicalement bien sûr : "Vos gueules, Werber c'est de la merde (et pas de la technicolor-mon-cul en plus), m'en fous j'en lirai pas, j'ai décidé. Marc Lévi aussi c'est de la meeeeerddddddeeeeuuuhhh tu crois que j'ai besoin de le lire pour le savoir ? Fuck off asshole" etc. (sounds like me, non ?) Justement, un rouvrant l'Écume des Jours, je tombe sur ça : (ouvre tes guillemets fiston)

AVANT-PROPOS :

Dans la vie, l'essentiel est de porter sur tout des jugements a priori. Il apparaît en effet que les masses ont tort, et les individus toujours raison. Il faut se garder d'en déduire des règles de conduite : elles ne doivent pas avoir besoin d'être formulée pour qu'on les suive. Il y a seulement deux choses : c'est l'amour, de toutes les façons, avec des jolies filles, et la musique, de la Nouvelle-Orléans ou de Duke Ellington. Le reste devrait disparaître, car le reste est laid, et les quelques pages de démonstration qui suivent tirent toute leur force du fait que l'histoire est entièrement vraie, puisque je l'ai imaginée d'un bout à l'autre. [...]

- Boris VIAN.

Alors, c'est pas bon ça mon gars ?

- C.

Vuoto